Jacques de
Vitry est né entre 1160 et 1170, probablement à
Vitry-en-Perthois comme l'a montré une étude de
J.-F. Benton. Ainsi, une charte de la comtesse Marie de Champagne
datée de 1193 semble se rapporter à la famille de
Jacques de Vitry. Par ailleurs, la proximité de Vitry avec
les terres des Pierrepont à Vanault-le-Châtel explique
peut-être l'amitié entre Jacques et l'évêque
de Liège Hugues de Pierrepont (1200-1229).
La famille
de Jacques de Vitry est assez aisée pour lui permettre
d'étudier à l'université de Paris. Là,
il appartient à un groupe de prédicateurs formés
par Pierre le Chantre, avec notamment Jean de Liro et Jean de
Nivelles. Il obtient ensuite la cure d'Argenteuil avant d'être
ordonné prêtre. Vers 1208, il se fixe au prieuré
augustin de Saint-Nicolas d'Oignies, dans le diocèse de
Liège, où il fait la connaissance de Marie d'Oignies.
Jacques de Vitry devient son confesseur et, après la mort
de la béguine le 23 juin 1213, entreprend d'écrire
sa biographie.
Autel
portatif de Jacques de Vitry (début
du XIIIe siècle).
Couvent de Notre-Dame de Namur, trésor d'Hugo d'Oignies
A partir de
1211, Jacques de Vitry déploie une intense activité
de prédicateur. Ses talents oratoires sont remarqués
par Raymond d'Uzès, légat pontifical, qui l'engage
vers 1212 pour prêcher la croisade contre les Albigeois
dans le diocèse de Liège, de concert avec l'évêque
de Toulouse Foulques de Marseille (1205-1231). Innocent III ayant
appelé à une nouvelle croisade en janvier 1213,
Jacques de Vitry participe activement à la prédication
de celle-ci. Elu évêque de Saint-Jean-d'Acre, Jacques
de Vitry arrive à Pérouse le 17 juillet 1216 alors
que le pape vient de mourir. Il assiste à l'élection
du nouveau pontife et au sacre d'Honorius III qui le sacre à
son tour évêque le 31 juillet. De Gênes il
rejoint son évêché à l'automne 1216
où il commence par réformer les moeurs des Orientaux
et des Latins. A partir de 1217, il accueille les premiers croisés.
De juin 1218 à septembre 1221, il suit l'armée dans
ses opérations militaires en Egypte et est le témoin
privilégié de la prise de Damiette (1218-1219) qu'il
relate dans ses lettres. Après l'échec de la cinquième
croisade, Jacques de Vitry revient deux fois en Europe. Lors du
premier voyage, il se rend à Rome (1222-1223). Le second,
à partir de 1225, le conduit dans le diocèse de
Liège, et en particulier à Oignies. Jacques de Vitry
résigne alors sa charge d'évêque de Saint-Jean-d'Acre
en 1228, décision acceptée par le pape Grégoire
IX.
Entre 1226
et 1229, il exerce la fonction d'évêque auxiliaire
de Liège et s'acquitte de différentes missions pour
l'évêque Hugues de Pierrepont. Ainsi, en 1226, Jacques
de Vitry se rend à Reims pour exposer les motifs du refus
de l'évêque de Liège du siège archiépiscopal
de la ville. Le 11 avril 1229, il est à Huy auprès
de Hugues de Pierrepont qu'il assiste dans ses derniers moments.
Quelques semaines
plus tard, Grégoire IX appelle Jacques de Vitry à
Rome et le crée cardinal-évêque de Tusculum
(Frascati). Il exerce alors différentes charges au sein
de la curie jusqu'à sa mort à Rome le 1er mai 1240.
L'année suivante, son corps est ramené à
Oignies comme il en avait exprimé le désir. Une
petite chapelle de l'église paroissiale abrite encore aujourd'hui
son tombeau. Ayant légué tous ses biens au prieuré
d'Oignies, les objets du culte de Jacques de Vitry, notamment
son autel portatif, sont conservés au couvent des Soeurs
de Notre-Dame de Namur avec les pièces d'orfèvrerie
du frère Hugo d'Oignies.
L'
oeuvre littéraire de Jacques de Vitry :
La
Vie de Marie d'Oignies : Jacques de Vitry entreprit
la biographie de Marie d'Oignies en 1213 à la demande de
l'évêque de Toulouse Foulques de Marseille. Il s'agit
de proposer, face aux modèles cathares, un exemple de vie
chrétienne fidèle à la doctrine de l'Eglise.
L'ouvrage fut achevé en 1216, avant que Jacques de Vitry
ne s'embarque pour la Terre sainte. Quelques années plus
tard, probablement après 1231, Thomas de Cantimpré
apporte au récit de Jacques de Vitry un Supplément
relatant les miracles de Marie, les prédictions réalisées
ainsi que l'apparition de la béguine après sa mort.
La Vie de Marie d'Oignies est certainement la première
biographie spirituelle médiévale en l'honneur d'une
femme.
- Les
lettres
: Durant son séjour en Terre sainte à l'occasion
de la 5e Croisade, l'évêque de Saint-Jean-d'Acre
écrivit sept lettres. Elles furent dictées à
Jean de Cambrai, secrétaire de Jacques de Vitry, recopiées
et expédiées à différents destinataires.
- Les
sermons
: Tout au long de sa vie, Jacques de Vitry a beaucoup prêché.
Il laisse 410 sermons, mis par écrit entre 1226 et 1240,
et qui composent quatre recueils distincts. Le premier propose
des sermons pour les dimanches et les fêtes du temporal
("dominicales" ou "de tempore"), des sermons sur
le sanctoral ("de sanctis"), des sermons selon la condition
des personnes ("ad status" ou "vulgares") et des
sermons pour les féries ("feriales vel communes").
A l'intérieur des sermones ad status, Jacques
de Vitry propose 314 exempla, récits particuliers
à destination des laïcs dont usent les prédicateurs
comme moyens de persuasion.
- L'Histoire
de Jérusalem abbrégée
: Rédigée entre 1220 et 1225, l'Historia Hierosolimitana
abbreviata se compose de deux livres, l'Histoire orientale
(Historia orientalis) et l'Histoire occidentale (Historia
occidentalis). Le premier livre traite de la religion musulmane
et expose les causes des croisades. S'ensuit un historique des
trois premières croisades puis une description de la
Terre sainte. Le second livre se rapporte à l'Eglise
d'Occident dont il dresse un tableau souvent sombre mais dont
l'avenir semble assuré par la qualité de la prédication,
la richesse des ordres réguliers et l'exemplarité
des séculiers non seulement ecclésiastiques mais
aussi laïcs.
Editions
des oeuvres :
Sermons
: J.-B. Pitra, Analecta novissima Spicilegii Solesmensis. Altera
continuatio, t. 2, Paris, 1888, 344-461 ; T.-F. Crane, The
Exempla or Illustrative Stories from the Sermones vulgares of
Jacques de Vitry, Londres, 1890 (réimpr. Nendeln, Liechtenstein,
1967) ; H. Felder, "Iacobi Vitriacensis episcopi et cardinalis
1180-1240, Sermones ad Fratres minores", dans Spicilegium
Franciscanum, t. 5, 1903, XI et 63 p. ; J. Greven, Die
Exempla aus den Sermones feriales et communes des Jakob von Vitry,
Heidelberg, 1914 ; G. Franken, Die Exempla von Jakob von Vitry,
Munich, 1914 ; J. Longère, "Quatre sermons ad religiosas
de Jacques de Vitry", dans Les Religieuses en France au XIIIe
siècle (Actes de la table ronde de Nancy, 25 et 26
juin 1983), Nancy, 1985, 215-230 ; J. Longère, "Un sermon
inédit de Jacques de Vitry : "Si annis multis vixerit
homo", dans L'Eglise et la mémoire des morts dans
la France médiévale, Paris, 1986, 31-51 ; J.
Longère, "Quatre sermons ad canonicos de Jacques
de Vitry", dans Recherches augustiniennes, t. 23, 1988,
151-212 ; J. Longère, "Deux sermons de Jacques de Vitry
ad servos et ancillas", dans La femme au Moyen Âge
(Actes du colloque de Maubeuge, 1988), Maubeuge-Lille, 1990, 261-297
; J. Longère, "Un sermon de Jacques de Vitry ad praelatos
et sacerdotes, dans L'Ecrit dans la société
médiévale, textes en hommage à Lucie
Fossier, Paris, 1991, 47-60 ; J. Longère, "Jacques de Vitry
: Deux sermons de mortuis du recueil inédit de
sanctis", dans Moines et moniales face à la mort
(Actes du colloque de Lille, 2, 3 et 4 octobre 1992), coll. "Histoire
médiévale et archéologie", t. 6, 1993, Paris-XIII
et Université catholique de Lille, 1994, 1e édition,
235-282 ; 2e édition, 183-222 ; J. Longère, "Deux
sermons de Jacques de Vitry ad peregrinos", dans L'Image
du pèlerin au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime
(Congrès international de Rocamadour, 1er, 2 et 3 octobre
1993), Rocamadour, 1994, 93-103 ; M.-C. Gasnault, "Jacques de
Vitry : sermons aux gens mariés", dans Prêcher
d'exemples : récits de prédicateurs du Moyen Âge,
Paris, 1985, 41-67 ;
Historia
orientalis et occidentalis (édité par F. Moschus),
Douai, 1597 ; réimpr. Hants (Angleterre), 1971 ; The
historia occidentalis of Jacques de Vitry, a critical edition
(édité par J.-F. Hinnebusch), Fribourg, 1972
; La traduction de l'Historia oreintalis de Jacques de Vitry.
ms. français B.N.F.17203, (édité par
C. Buridant), Paris, 1896 ; Histoire occidentale (traduction
de G. Duchet-Suchaux, introduction et notes de J. Longère),
Paris, 1997.
Lettres
de Jacques de Vitry (1160/70-1240), évêque de Saint-Jean-d'Acre,
édition critique par R.B.C. Huygens, Leyde, 1960 ; Lettres
de la Cinquième croisade (traduit et présenté
par G. Duchet-Suchaux), coll. "Sous la règle de saint Augustin",
Brépols, 1998.
Vita Beate
Mariae Oigniacensis : éditée dans Acta Sanctorum,
t.5, 1867, 546-576 ; Sainte Marie d'Oignies (traduction
française par H. Nimal), dans Vies de quelques-unes
de nos grandes saintes au pays de Liège, Liège,
1898, III-X et 14-99 ; Vie de Marie d'Oignies par Jacques de
Vitry, Supplément par Thomas de Cantimpré (traduction
française et préface par A. Wankenne), Namur, 1989
; Vie de Marie d'Oignies (traduction française et
présentation par J. Miniac), Paris, 1997.
Bibliographie
:
BENTON (J.-F.),
"Qui étaient les parents de Jacques de Vitry ?", dans Le
Moyen Âge, t. 70 (4e série, t. 19), 1964, 39-47.
BERLIERE (U.),
"Jacques de Vitry. Ses relations avec les abbayes d'Aywières
et de Doorezeele", dans Revue bénédictine,
t. 25, 1905, 185-193.
BERLIOZ (J.), "Jacques de Vitry", dans Dictionnaire du Moyen
Âge, sous la direction de Claude Gauvard, Alain de
Libera et Michel Zink, Paris, 2002, 737.
CANNUYER (C.),
"La date de rédaction de l'Historia orientalis de
Jacques de Vitry (1160/70-1240, évêque d'Acre", dans
Revue d'histoire ecclésiastique, t. 38, 1983, 65-72.
CANNUYER (C.),
"Les emblèmes sigillaires de Jacques de Vitry reproduits
sur trois pièces du trésor d'Oignies", dans La
Vie wallone, t. 58, 1984, 117-126.
COENS (M.),
"Jacques de Vitry", dans Biographie nationale publiée
par l'Académie des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts
de Belgique, t. 32 ; Suppl. t. 3, Bruxelles, 1962, 465-473.
CRANE (T.-F.),
The Exempla or illustrative stories from the Sermones vulgares
of Jacques de Vitry, Londres, 1890.
FORNI (A.),
"Giacomo de Vitry, predicatore e sociologo", dans La cultura,
t. 18, 1980, 34-89.
FUNK (P.),
"Jakob von Vitry, Leben und Werbe", dans Beiträge zur
Kulturgeschichte des Mittelalters und der Renaissance, t.
3, Leipzig-Berlin, 1909 ; réimpr. Hildesheim, 1973.
GEYER (I.),
Maria von Oignies. Eine hochmittelalterliche Mystikerin zwischen
Ketzerei und Rechtglaübigkeit, Francfort-sur-le-Main,
1992.
GREVEN (J.),
Sermones feriales, Die Exempla aus den Sermones feriales et
communes des Jakob von Vitry, Heidelberg, 1914.
GUIZOT (F.),
Histoire des croisades par Jacques de Vitry, Paris, 1825,
"Collection des mémoires relatifs à l'histoire de
France", t. 22, 391-403.
LAUWERS (M.),
"Expérience béguinale et récit hagiographique.
A propos de la Vita Mariae Oigniacensis de Jacques de Vitry
(vers 1215)", dans Journal des savants, 1989, 61-103.
LAUWERS (M.),
"Entre béguinisme et mysticisme. La vie de Marie d'Oignies
de Jacques de Vitry ou la définition d'une sainteté
féminine", dans Ons geestelijk erf 66, 1992, 46-69.
LONGERE (J.),
Oeuvres oratoires de maîtres parisiens au XIIe siècle.
Etude historique et doctrinale, 2 vol., Paris, 1975, t. 1,
31-33, 168-176, 146-351.
LONGERE (J.)
et TYL-LABORY (G.), "Jacques de Vitry", dans Dictionnaire des
lettres françaises, Le Moyen Age, Paris, 1964,
736-738.
MOREAU (E.
de), "Note sur les Sermones de sanctis de Jacques de Vitry",
dans Fédération archéologique et historique
de Belgique. Annales du XXIIe congrès (Malines, 1911),
publiées par H.J.B. Coninckx, t. 2, Rapports et mémoires,
Malines, 1912, 327-337.
SANDOR (M.),
The Popular Preaching of Jacques de Vitry, thèse
de l'Université de Toronto (Ontario, Canada), 1993.
VAUCHEZ (A.),
"Prosélytisme et action antihérétique en
milieu féminin au XIIIe siècle : la Vie de Marie
d'Oignies (1213) par Jacques de Vitry", dans Propagande et
contre-propagande religieuses, Bruxelles, 1987, 95-110.
WUERTH-MARSOLAIS
(M.-L.), Marie d'Oignies : Jacques de Vitry's, Exemplum of
an Ideal Victorine Mystic, Berkeley (California), 1988 (MA,
thesis graduate theological union).
